septembre 20, 2019

Santé : Journée Mondiale du Bégaiement « Le bégaiement ne constitue plus un tabou »

Santé : Journée Mondiale du Bégaiement « Le bégaiement ne constitue plus un tabou »

A la faveur de la 21e Journée Mondiale du Bégaiement ce lundi 22 octobre 2018, Soh Jacob, orthophoniste revient sur ce trouble de la parole source de gêne chez les patients. C’est dans cet entretien mené par Sandrine Babo

Sandrine Babo : Qu’entend-t-on par bégaiement ?
Soh Jacob : Le bégaiement est un trouble de la communication, du rythme de la parole qui peut parfois se manifester par des répétitions, des interjections, des prolongations, parfois des ajouts qui peuvent être associés à des troubles de tension psychomotrice ou une perte du comportement tranquilisateur. On peut parfois avoir une fuite du regard, tapement des pieds, une altération du corps, une respiration entrecoupée ou une respiration inversée. Le bégaiement est une perturbation de l’affluence de la parole normalement pendant l’acte verbal. Quand on est seul on ne bégaie pas c’est beaucoup plus quand on est en situation communicationnelle, on est devant un auditoire on se sent frustré avec une attitude qui peut jouer sur la peur et le bégaiement peut s’installer
S.B : Quelles peuvent être les causes du bégaiement ?
S.J : Selon les récentes recherches on ne nait pas bègue on le devient. On a un ensemble de facteurs qui concourent à l’apparition du bégaiement. On peut avoir des facteurs déclenchant parfois chez des tout-petits soit une pression temporelle exercée sur l’enfant au quotidien, le déménagement, la mise à l’école, tout traumatisme affectif, un choc émotionnel, un climat tendu à la maison entre-autres. Le bégaiement est classé beaucoup plus aujourd’hui comme un trouble plus comme une pathologie puisqu’il n’y a pas de médicament qu’on peut prescrire pour pouvoir améliorer la fluidité de la parole. Les méthodes de rééducation sont plus utilisées ici.
S.B : Existe-il des signes avant-coureurs qui doivent alerter?
S.J : On classe le bégaiement en deux grands groupes. Le bégaiement tonique et le bégaiement chronique. Nous mettons l’accent sur la prévention, ce qui justifie le choix du thème de cette année à savoir « Exprime-toi ». Chez les tout-petits c’est de ne plus avoir peur de parler. A l’école ils le manifestent par des signes de grimaces de sentiment de frustration, ils se sentent gênés et refusent de parler, de coopérer, ils refusent tout contact, mais ça peut aussi être lié à un retard de parole. Il y a aussi des personnes qui à la suite d’un choc ou d’un traumatisme peut commencer à butter sur des mots alors qu’auparavant ce n’était pas le cas.
S.B : En quoi se résume la prise en charge de la personne bégaie ?
S.J : La prise en charge consiste principalement à un travail de guidance parentale. Il faut des conseils judicieux aux parents des enfants bègues. Ils doivent les encourager en leur donnant des exercices pratiques tels que ouvrir bien la bouche, travailler des exercices de praxis au niveau de la tonicité, de la langue, des lèvres. Il faut faire une évaluation préalable pour voir quel type de bégaiement l’enfant présente en fonction du type de bégaiement et du degré de bégaiement on va entamer par des séries de séances de thérapies. Mais si cela nécessite une orientation vers un Orl on va l’orienter pour que le médecin puisse mieux dépister le fond laryngé et le situer. Chez des personnes adultes il s’agit de les accompagner au quotidien puisqu’il vit avec son trouble depuis des années. Il faut savoir que le bégaiement n’affecte pas l’intelligence mais c’est en situation de communication qu’il se manifeste. Pour eux il faut plus une thérapie respiratoire, montré des techniques du genre comment mieux altérer, mieux inspiré pour pouvoir attaquer le premier phonème. A partir de ces exercices de souffle, de respiration, une thérapie cognitive, psychologique, la personne adulte pourra y arriver.
S.B : Plus de 70 millions de personnes bégaient dans le monde. Il y’en a qui réussissent à cacher à tout le monde qu’il bégaie, car ils parlent si peu ! Ou bien ils se taisent dès qu’ils sentent que la parole peut leur échapper ou encore ils ne répondent pas directement aux questions. Comment les aider à surpasser ce complexe ?
S.J : Il y a surtout que l’orthophonie est méconnue du grand public. Les gens ne savent pas quel est le spécialiste qui s’occupe de la personne bègue. Ce trouble peut avoir des répercussions importantes sur la vie sociale et professionnelle et il est important de donner de l’information aux parents éducateurs et personnes concernées et de faire savoir que des solutions existent. C’est ici qu’intervient l’Association Voix Parole Bégaiement du Cameroun (Avopabec). Notre rôle ici est de sensibiliser au maximum des personnes souffrant des troubles de la communication quel qu’en soit l’âge. Ils doivent se rapprocher de l’Avopabec afin qu’ensemble nous combattions le bégaiement dont ils souffrent.
S.B : Nous sommes rendus à la 21e édition de la Journée Mondiale du Bégaiement et le thème choisi est « Exprime-toi ». Pourquoi ?
S.J : C’est simplement pour dire à la personne bègue que quand il est fasse à une situation, face à un interlocuteur qu’il fasse des efforts de pouvoir s’exprimer librement. Généralement la question que nous posons chez un bègue c’est de savoir s’il est agresseur ou agressé ? C’est à partir de là que nous allons savoir quelle méthode utilisée dans son cas mais très souvent le bègue est agressé puisqu’on n’aime pas le laisser aller jusqu’à la fin de sa phrase. N’oublions pas que comme tout le monde le bègue a aussi ses droits. La Journée Mondiale du Bégaiement est une occasion donnée aux personnes qui bégaient de se faire entendre et à toute personne qui se sent concernée de mieux connaitre ce trouble de la parole et de la communication
S.B : Au Cameroun, l’Avopabec dont vous êtes le président se fait chaque année le relais de la Journée Mondiale du Bégaiement en organisant des consultations gratuites, en intervenant dans les médias pour témoigner et informer sur les dernières avancées thérapeutiques. Dites_-en davantage
S.J : Cette année, les activités menées par notre association se sont résumées aux descentes sur le terrain, dans les artères de la ville de Douala, dans des écoles pour informer la population que nous organisions deux jours de consultations gratuites. C’était le vendredi et samedi dernier. Mais nous recensons toujours des patients jusqu’à la fin de ce mois. Les cas que nous recevons sont pour la plupart les tout-petits jusqu’à l’âge de sept ans voire huit ans. Pas seulement qui bégayent , parfois d’autres arrivent parce qu’ils ont des difficultés d’articulation, un retard de parole ou de langage ou un retard psychomoteur mais qui n’est pas toujours li é au bégaiement. Dans ce combat nous travaillons aussi en étroite collaboration avec les Orl, les pédiatres, les neurologues.

Par : Sandrine BABO

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